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Mode modeste : jilbab, abaya, hijab, comment les marques s’y mettent

Avatar de Élise Montagnac

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Longtemps cantonnée à quelques enseignes spécialisées, la mode modeste — vêtements couvrants, coupes amples, matières opaques — s’est installée durablement dans le paysage vestimentaire. Ce n’est plus une niche : c’est un vrai segment de marché, avec ses codes propres et ses clientes exigeantes sur la coupe autant que sur le tissu.

Trois pièces, trois usages

Le hijab, voile qui couvre les cheveux et le cou, se décline aujourd’hui en dizaines de matières — mousseline, jersey, soie — et de formats, du carré classique à l’instant déjà prêt à enfiler. L’abaya, robe longue et ample portée par-dessus les vêtements, existe désormais en versions structurées, avec ceinture ou coupe kimono, loin de l’image uniforme qu’on lui prête parfois. Le jilbab, plus ample encore et généralement composé de deux pièces, reste la pièce la plus couvrante ; il se choisit surtout pour sa matière, qui doit tomber sans coller ni transparaître.

Ce que les marques ont changé

Il y a dix ans, trouver une abaya bien coupée relevait du parcours du combattant : quelques boutiques spécialisées, peu de choix de tailles, des matières souvent synthétiques et inconfortables l’été. La donne a changé. Des enseignes généralistes proposent désormais des lignes pensées pour la mode modeste — manches longues, coupes fluides, matières naturelles — sans changer de rayon ni de vocabulaire marketing. Certaines maisons de luxe ont même présenté des pièces couvrantes lors de collections défilées en Fashion Week, un signal fort pour un secteur longtemps ignoré des podiums.

Cette évolution répond à une demande réelle plus qu’à un effet de mode passager. Les femmes qui portent le hijab au quotidien recherchent la même chose que n’importe quelle cliente : une matière qui respire, une coupe qui tombe bien, un prix cohérent avec la qualité. Beaucoup ont longtemps dû improviser, adapter des pièces classiques ou faire retoucher des vêtements non prévus pour cet usage.

Bien choisir sa matière selon la saison

  • Été : viscose, lin ou coton léger, qui laissent respirer la peau sans coller par forte chaleur.
  • Mi-saison : jersey épais ou crêpe, qui structure la silhouette sans alourdir.
  • Hiver : laine fine ou mélanges chauds, à privilégier en coupe légèrement cintrée pour éviter l’effet volumineux sous un manteau.

Pour le hijab, la matière change aussi l’usage : une mousseline fine se drape mieux pour un rendu habillé, tandis qu’un jersey mat, plus stable, convient davantage au quotidien et au sport, avec des versions désormais conçues spécifiquement pour l’activité physique.

Éviter les pièges d’achat

La longueur reste le premier critère à vérifier avant tout achat en ligne : une abaya trop courte de quelques centimètres perd tout son effet et se retouche difficilement vers le bas. Mieux vaut privilégier les enseignes qui indiquent précisément la longueur totale du vêtement plutôt qu’une simple mention de taille S, M ou L, qui varie énormément d’une marque à l’autre.

Côté budget, une abaya correctement coupée, en matière naturelle ou en mélange de qualité, se trouve le plus souvent entre 40 et 90 euros chez les enseignes qui en font désormais une ligne à part entière ; les modèles les plus travaillés, brodés ou en soie, montent logiquement plus haut. Un hijab en jersey de bonne facture coûte rarement plus de 15 à 20 euros et dure plusieurs saisons s’il est lavé à froid et séché à plat, comme n’importe quelle matière fine.

Autre point souvent négligé : l’épaisseur des coutures et la doublure. Une abaya doublée tombe mieux et ne colle pas aux jambes par temps chaud, contrairement à une pièce en matière unique bon marché. Vérifier la doublure au toucher, avant même de regarder la couleur, évite bien des déceptions à la réception d’une commande passée en ligne.

Sur le plan symbolique, la mode modeste continue d’alimenter des débats de société qui dépassent largement le vestiaire — l’histoire du vêtement modeste traverse d’ailleurs plusieurs cultures et religions bien au-delà d’une seule tradition. Ce que confirment les ventes, en tout cas, c’est que la demande existe, structurée, exigeante, et suffisamment large pour que des marques généralistes y consacrent désormais des collections entières plutôt qu’une simple case cochée au rayon diversité.

Pour accessoiriser une tenue modeste sans la surcharger, un bijou discret — bague fine, boucles d’oreilles courtes qui ne dépassent pas du foulard — suffit largement ; le soin du teint prend d’autant plus d’importance que le visage reste la partie la plus visible de la silhouette.


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